Le luxe face à l’accélération des rythmes de collections

Le luxe qui prône l’excellence de son savoir-faire, la technicité et la rareté de ses produits, a besoin de connaissances mais surtout de temps pour se réaliser.
Or, l’accélération de nos rythmes de consommations a poussé la mode a augmenté le nombre de ses collections. Par contagion et face à une concurrence mondiale, nombre de maisons de luxe ont également du se plier à la dictature de la croissance. Au point où, la mode de luxe a créé des collections croisières, soit des pré-collections saisonnières, qui s’ajoutent aux collections. Ainsi Chanel lance-t-elle a minima quatre collections par an. On peut se demander où retrouver l’exclusivité et surtout le produit final est-il de qualité ? Plus que légitime, ce débat est réel : combien de griffes se frottent à la déception nostalgique de ses clients face à leurs produits ?
Il est inutile de s’attarder ou même de citer ces griffes car d’autres font de la résistance et leur exemples témoignent que le luxe ne s’est pas détérioré comme on pourrait le penser. Une maison de luxe s’inscrira dans la durée, elle prendra le temps qu’il faut pour créer son produit. Dans une logique d’affranchissement, Azzedine Alaïa avait été le premier dans les années 1990 à ne pas suivre le calendrier de la fashion week et à présenter ses collections quand il était prêt.

luxe contre l'accroissement des collections

Crédits photos : Alexis Lecomte

Pensons également aux artisans indépendants qui ne travaillent que sur commande privée. Leur volonté est de privilégier la rareté des produits et d’offrir la pièce qui surpasse les attentes du client. La haute-couture, appellation juridique contrôlée, est en tête de file tout comme les métiers d’Art de Chanel qui regroupent des manufactures d’exception, vestige d’un artisanat qui se perd tout en continuant de se perfectionner techniquement.
Toutefois, ces exemples demeurent encore anecdotiques. Les maisons de mode étendent leurs collections afin de répondre à une demande globale. Le marché est soumis aux désirs du consommateur mais le luxe devrait-il pas être au-dessus de cela ? Pourquoi ne pas au contraire rendre inaccessible ses produits qui souffrent d’un excès de popularité afin d’augmenter le désir de les posséder ?

Pour cela, il suffit d’augmenter leur prix. Ainsi, un trench-coat Burberry valait 211€ en 2001 contre 1195€ en 2012. Si cela peut sembler aberrant, ce phénomène explique également comment Burberry a développé une image de prestige apparaissant pour certains comme une maison de luxe, bien que la marque anglaise n’a pas le même positionnent qu’Hermès, reconnu comme une maison de luxe.

Il est évident qu’une maison ne se mesure pas au nombre de ses produits mais à la qualité de ces derniers. Pour autant, une marque haut de gamme peut apparaître comme une marque de luxe. Ainsi, le débat de l’accroissement des collections s’efface pour révéler le véritable défi. En effet, le cœur du problème se place vers l’identification du luxe : comment différencier marques et maisons ? Haut de gamme et luxe ?
Le prochain défi des maisons se posera quant à leur identité. Il est clair que le positionnement d’une maison pour une large collection sera un indice des valeurs portées de celle-là. Finalement, tout n’est qu’une question d’éducation, de culture du client qu’il faut apprendre à informer.

 

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